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L'abus de précarité est dangereux pour les journalistes
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Vis ma vie de précaire à Radio France


Comme dans l'émission de télé, si on ne l'a pas vécu, il est difficile de mesurer combien c'est compliqué de mener de front vie personnelle et vie professionnelle pour un journaliste du planning. « J'ai déménagé trois fois en deux ans et demi. Mon couple n'y a pas survécu.» « J’ai manqué tous les anniversaires en famille, les 30 ans de mes potes, le dernier Noël avec mon grand-père … Il faut des amis et une famille très compréhensifs pour survivre à ce système ».

Le CDD à tout faire

« L’accueil dans les équipes se passe bien : génial on a un CDD qui va tout faire ! » La formule résume le sentiment de la plupart des précaires. Et dans les faits, c’est à eux que sont presque systématiquement attribués les reportages qui commencent tôt le matin, qui finissent tard le soir ou qui se déroulent loin de la station (hérésie quand on sait que les précaires connaissent souvent mal le secteur !). « Le red chef m’a fait enchaîner une journée au tribunal, où j’ai fini à minuit et demi, avec le lendemain, trois reportages calés à 2 heures de route de la radio, dont le premier commençait à 7h15. De retour à 16h à la radio, il fallait que je monte un 2 min et 6 bobs dont les deux tiers pour le lendemain. J’ai dû finir pendant mon week-end, après les matinales ! » Et en guise de remerciement pour le travail accompli ? « Tu n’as rien d’autre à faire que rentrer à l'hôtel. Après tout, tu es là pour ça. »

Certes, il est difficile d’intégrer dans la rédaction quelqu’un qui ne reste que quelques jours. Mais un peu de considération ne ferait pas de mal. Ils en ont «ras le bol de ne pas être écoutés en conf.». « On est considéré comme quelqu’un qui passe, sans importance. » « Il m’est arrivé qu’on m’appelle par un autre prénom pendant une semaine. » Et puis il y a cette sensation d’être observé, regardé, jugé en permanence. De la part du rédacteur en chef, c’est normal, il va devoir rédiger un rapport. Mais le reste de la rédaction s’y met parfois également. Les rapports, justement, censés être automatiques, font trop souvent défaut.

Autre dispositif qui n’est pas respecté (et pourtant, là encore, la DRH l’a répété) : les CDD ont droit à une journée de repos supplémentaire au bout de 15 jours de contrat. Eux aussi, sont aux 35 heures !

Ces journalistes décrivent aussi les bons moments qu'ils passent dans certaines radios, la passion qui les anime mais il n'empêche que : « On a signé pour le planning, on savait que ça n'allait pas être facile tout le temps, mais on n'a pas signé pour se faire humilier. »


Vendredi 1 Juillet 2011
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Tags : CDD, planning, RTT


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